Enfants de la Bible

Enfants de la Bible (TheBookEdition décembre 2021)

Préface de l’auteur

À quels enfants Jésus fait-il référence lorsqu’il déclare : « Si vous ne devenez semblables à ces petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » ? Avec lui, j’ai cherché dans la Bible leur présence. Comme lui, j’ai regardé autour de moi  (quelle chance, j’ai quatre petits-enfants !). Et au fil des mots, j’ai retrouvé petit à petit le chemin vers l’enfant qui est en moi. Et si mes histoires s’éloignent parfois de la Bible, elles rapprochent toujours de Dieu. Ma découverte, voyez-vous, tient en trois mots : Dieu est un enfant ! Lorsque sera venu pour moi le temps de renaître, j’espère avoir le plaisir de vérifier la véracité et de contempler la splendeur de mon rêve d’enfant. Bonne lecture.

Liste des personnages bibliques choisis

La Bible accorde assez peu de place aux enfants, tout en développant largement l’image du Père. Il est alors tentant d’esquisser les silhouettes enfantines de certaines figures connues et de peupler la Bible d’enfants et d’enfance. On trouvera ici, par exemple, Caïn, Isaac, les fils de Rébecca, Joseph, Samuel, l’enfance du royaume, David, des enfants autour d’Elie, mais aussi les deux jeunes cousins Jésus et Jean-Baptiste, Zachée, l’enfant prodigue…

L’illustrateur Tom Prothière

Une formation de graphiste en poche, une envie farouche de rester dans le plaisir.
Parler du beau, de sa diversité,
de sa subjectivité.
Création d’Imagium Studio,
aller à la rencontre de mes clients, de leur projet, trouver leur authenticité, faire sens par l’image. Bientôt 10 ans déjà et une envie intacte.


Quelques extraits

On dirait que je serais Dieu !

– « On dirait que je s’rais Dieu ! déclara Jésus.
– Et moi, dit Jean-Baptiste, on dirait que je s’rais Moïse !
– Non, pas Moïse, il est trop vieux !
– Alors, Elie !
– Non, il ronchonne tout le temps !
– Alors, reprit Jean-Baptiste, on dirait que je s’rais le nouveau prophète de Dieu.
– Oui, super, on inventerait des nouveaux jeux divins !…
Et maintenant, en fait, qu’est-ce que je fais ? interrogea Jésus, soudain désarçonné par l’ampleur de son rôle.

– Eh bien, tu joues ! On joue à Dieu qui joue avec son nouveau prophète.
C’est facile !

– D’accord, dit Jésus, en route !
Ils enfourchèrent leurs ânes et partirent au simple galop.

– Halte ! cria Jean-Baptiste, après une longue chevauchée, on est arrivés.
– Oui, je reconnais l’endroit. C’est là qu’est le secret du mystère de Dieu…»


Caïn

« Il était une fois, Caïn, venu d’ailleurs. Il cherchait son chemin, car il était perdu dans un monde où il était arrivé sans savoir ni pourquoi, ni comment. Y suis-je né, moi et mon frère Abel, se demandait-il ? Ce monde est-il un royaume ? Suis-je attendu dans ce monde, y-a-t-il une place pour moi, le roi a-t-il souhaité ma venue, ou bien va-t-il me chasser comme un étranger ? Et d’ailleurs, y-a-t-il un roi ? Je vais me lever et marcher, décida-t-il… Caïn marcha ainsi jusqu’à ce que la lumière baisse complètement… Je sais un peu plus d’où je viens et où je vais, se dit-il, mais si peu. Il s’allongea sur le sol, et un songe l’enveloppa. Un enfant était debout et contemplait l’infini… »


Isaac

« L’un confortablement allongé dans l’herbe, l’autre droit comme un arbre immense et protecteur, ils se contemplaient les yeux dans les yeux. Abraham fit un clin d’œil. Isaac répondit par un sourire.
– Tu te souviens ! disait le clin d’œil.
– Bien sûr ! disait le sourire.
– Tu me racontes ? demanda le clin d’œil.
– Oh ! Oui ! répondit le sourire. C’était le printemps, j’étais auprès de maman qui puisait de l’eau au puits. Tu m’as regardé avec une telle admiration que je me suis senti grandir dans l’instant. D’un coup d’œil, tu m’as désigné l’âne déjà bâté, le falot de terre cuite à tes pieds, le chemin vers la colline. Aussitôt, j’ai bondi et saisi les rênes de l’animal, comme si ce geste m’était familier, alors qu’il était ta prérogative. J’ai su plus tard que maman et toi, vous vous êtes murmuré à l’oreille : « Notre enfant n’existe plus. Yahvé nous l’a donné. Nous le laissera-t-il ? ».
– Quel est le programme ? t’ai-je demandé au bout d’une grande heure de marche.
– C’est la fête, mon fils. Tu sais, chaque année, au printemps, je monte là où nous allons ensemble pour la première fois aujourd’hui. J’ai érigé là-haut un autel où j’offre à mon Dieu, en sacrifice, ce que j’ai de plus beau… »


Silence, les enfants parlent

« En ce temps-là, les enfants n’avaient pas la parole. Cette situation émanait d’une grande logique, puisque le mot «enfant» veut dire : celui qui est privé de parole, qui ne parle pas encore. S’ils allaient à l’école, les enfants écoutaient. S’ils allaient à la synagogue, ils écoutaient. Souvent, on leur demandait même d’apprendre ce qui était dit, et ils étaient alors autorisés à ouvrir la bouche pour répéter ce qui avait été dit, même s’ils n’avaient rien compris. Si on pressait les enfants de venir à table, ils s’asseyaient, mangeaient ce qu’on leur servait sans rien dire. Ils écoutaient, mais là on les priait de ne point répéter ce qu’ils entendaient, parce qu’ils avaient bien compris ce qui se disait. En ce temps-là, les enfants obéissaient sans comprendre cette logique étonnante des adultes qui aimaient que les enfants ne parlassent point. Les adultes constataient avec satisfaction l’obéissance des enfants, sans chercher à comprendre pourquoi les enfants obéissaient. Un observateur eût pu constater aisément que l’incompréhension entre les uns et les autres régnait dans le plus grand silence.

Justement, un observateur arriva. Il s’appelait Jésus… »


L’enfant Zachée

En ce temps-là, Zachée était l’homme le plus riche de Jéricho, la ville aux trompettes. Zachée, ça résonne fort dans ta tête aujourd’hui. C’est jour de fête et tu le sais. Tout le monde est dans la rue et attend l’attraction du jour : celui dont on parle, et qui doit traverser la ville en empruntant la grande avenue bordée de sycomores. Toi, Zachée, tu les connais tous, tu connais tout le monde en détail, toi devant qui chacun est contraint de dévoiler sa fortune ou sa pauvreté. A cause de cela, on ne t’aime guère, ni chez les riches, ni chez les pauvres. Tu es seul avec ta fortune. Et aujourd’hui, ce serait jour de fête pour eux ! Et pourquoi pas pour toi ? Ce Jésus qui n’est pas d’ici, lui, il n’a aucun compte à te rendre ! Il est un homme nouveau pour toi. Seras-tu un homme nouveau pour lui ?

A cette pensée, tu te sens libre comme l’air, et comme un gamin, comme l’enfant que tu étais hier, tu files dehors. Tu sais où aller pour voir sans être vu : en haut d’un arbre que tu as escaladé tant de fois étant jeune. C’est là que tu venais te réfugier, lorsque tu étais harcelé par les mauvaises langues des autres enfants. Lorsqu’on te traitait de « sale fils de publicain » et de « graine de voleur ». C’est là que tu as juré de te venger, de devenir le chef des publicains, de les faire payer tous, encore plus que leurs parents.

Mais aujourd’hui, tu ne veux plus penser à cela. A cet instant, tu as le cœur en fête, tu veux oublier. Tu es léger comme un oiseau sur la branche de ton sycomore et là, tu attends…


Références bibliographiques

La source que je cherche – Lytta BASSET, éditions Albin Michel, 2017.
Esprit d’enfance – Roger-Pol DROIT, éditions Odile Jacob, 2017.
L’enfant qui voyait les anges – Marie RICARD, éditions Salvator, 2015.


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