Recommençants, un chemin aux périphéries

Recommençants, un chemin aux périphéries (Editions sainte Clothilde 2014)

Le mot de l’éditeur

A Nicodème qui, dans sa recherche de la vérité, vient une nuit poser des questions à Jésus, celui-ci répond : « L’Esprit souffle où il veut » (Evangile selon Saint Jean, chapitre 3, verset 8).

Cette réalité reste naturellement vraie au sein de notre Eglise vingt siècles plus tard. Aussi sommes-nous périodiquement surpris que des « chrétiens seulement sociologiques » dont nous connaissions toute la distance vis-à-vis de l’Institution, voire dans certains cas l’hostilité, reviennent subitement sur les chemins de la Foi à la rencontre de Jésus. Ces personnes avaient été baptisées, parfois avaient suivi le catéchisme pendant de nombreuses années, mais elles avaient ensuite pris nettement leurs distances quand elles n’avaient pas rejeté violemment les enseignements reçus.

L’Eglise a pris l’habitude de les appeler les Recommençants, et l’avis les concernant est unanime : outre qu’ils vivent une magnifique réalité de l’Eglise, ils représentent aussi, partout où ils se trouvent, une réelle opportunité de ressourcement et…un germe de nouvelle évangélisation. Car qui peut mieux ramener ses Frères sur les chemins de la Foi que celui qui a parcouru lui-même ce chemin singulier ?

Ce livre présente plusieurs témoignages de Recommençants (attestant bien la Créativité de l’Esprit lorsqu’il souffle), et de façon plus détaillée, celui de l’auteur. Il est certain que nombre de nos contemporains se retrouverons dans un tel parcours, ou bien ils s’apercevront qu’ils se trouvent eux-mêmes à un moment de ce parcours. Et peut-être cela les aidera-t-il à mieux en cerner les prochains contours ainsi que les étapes à suivre…

Jean-François Debiol


Avertissement au lecteur


Cher futur lecteur,

En réalité, je l’avoue, mon récit n’a pas été écrit pour toi. J’avais intensément besoin de me raconter à moi-même tout ce qui a teinté de bleu mon enfance, blessé de rouge mes vingt ans, enrobé de jaune quarante années,  et ébloui ma sixième décennie. Quelques confidents ont lu mon manuscrit, et m’ont convaincu que de telles lueurs ne se laissent pas sous le boisseau. Je te livre donc mon témoignage et celui de quelques amis. Si l’Eglise t’insupporte, les chapitres cinq et six sont pour toi. Si tu crois plus en l’homme qu’en Dieu, le chapitre « curé laïc » devrait te toucher. Je te suggère surtout, au cours de ta lecture, de glisser de temps en temps vers l’avant- dernier chapitre, le quinzième, le seul qui te soit directement adressé. J’ai toujours aimé l’épilogue dans les romans policiers, lorsque le héros détricote pour le lecteur le fil de l’histoire qui amène au dénouement. Comme le suspense est ici beaucoup moins intense, tu sauras plus rapidement de quel bois je me chauffe, et s’il produit pour toi la lumière et la chaleur attendues. Bonne lecture !


Extraits du premier et du second chapitre

I. La mort, une renaissance

À la recherche d’un papillon dans l’immensité du cosmos, entre les pierres du désert,  ou dans les pages de quelques sages, près de la Source.

{…} Alors me secoua de ma torpeur le froid de février. Après des mois de douleurs, Marie Claire, mon épouse, s’éteignait au milieu de nous, mes enfants et moi, si sereinement que j’écrivis sur le faire-part « Marie a quitté son cocon terrestre ». J’eus la certitude à cet instant qu’elle renaissait dans un ailleurs, tel un papillon, une foi si forte que tout fut ébranlé en moi. Non, la vie ne se termine pas à la tombe, le monde ne se limite pas au visible, tout se poursuit autrement, dans une Eternité aussi impalpable que présente. La mort de mon épouse aura provoqué chez moi l’irruption de la question de Dieu, comme un coup de vent dans le silence blanc de l’hiver. La veille de l’inhumation de leur maman, dans notre maison où son corps sans vie reposait, mes filles et moi étions à la fenêtre, regardant la neige qui tombait à très gros flocons en ce jour de février…et nous avons éclaté de rire tous les trois en voyant cette nuée de papillons qui descendaient et virevoltaient joyeusement. Tous ces flocons-papillons, c’était elle, bien sûr, qui se manifestait ainsi malicieusement, elle dont le rire communicatif nous inondait déjà d’une joyeuse présence. Depuis cette date, mon âme ne cessa de fouiller la nuit à la recherche du Divin. Cette quête était trop souvent étouffée par les sollicitations naturelles et envahissantes du quotidien. Mais elle revenait comme la vague, encore et toujours, multiforme, sans que je n’en laisse rien apparaître, ou si peu, à mon entourage qui ignorait ma soif. Je ne savais pas ce que je cherchais, tandis que mes interrogations me lançaient de-ci, de-là. Tout ce qui avait un parfum d’Eternité m’attirait, affolait mes sens, mon cœur et ma tête {…}

II. L’abbaye de Tamié

Qui cherche le vent récolte la tempête !

Si fort est le vent qu’il vous tourne la tête, jusqu’à la complète conversion.

J’ai eu la grande chance de trouver une compagne, Claude, avec laquelle je vis désormais à Lyon. Une nouvelle et belle rencontre amoureuse. Oh ! Combien vivants à nos côtés étaient Pierre, son mari défunt et Marie Claire, lors de nos premiers dialogues de veufs ! Qui pourra dire pourquoi je ne fus nullement inquiet ni réticent lorsque je sus qu’elle était une grande pratiquante, moi que l’Eglise avait mis hors de moi à vingt ans, et que j’avais violemment mise dehors ? Claude m’a guidé vers l’Eglise qu’elle fréquentait depuis toujours avec ferveur, amour et conviction. Pourquoi ai-je été un « pratiquant non croyant » à l’office le dimanche plusieurs années à ses côtés ? Pourquoi enfin ai-je tant insisté auprès d’elle pour que nous allions faire une retraite dans cette abbaye de Notre Dame de Tamié ? Je sais seulement que j’ai choisi ce lieu parce que j’ai depuis toujours la conviction que les abbayes sont les piliers qui soutiennent le monde. Là, dans le silence et la méditation, les moines et les moniales font vibrer au bénéfice de tous l’Energie, l’Esprit qui élève le monde. 

En novembre, j’ai proposé à Claude que nous allions quelques jours à l’Abbaye de Tamié en Savoie, là où vivent selon la règle de saint Benoît une trentaine de trappistes cisterciens. Le silence profond et la majesté naturelle des lieux m’attiraient. Je ressentais un réel besoin de m’y plonger.

Et là, il y a eu une rencontre…


Des livres sur le chemin

  • Elisabeth KÜBLER-ROSS
    La mort est une question vitale (Pocket 2000)
  • Pierre TEILHARD DE CHARDIN
    Hymne de l’Univers (Points) 
  • Gitta MALLASZ
    Dialogues avec l’ange (Aubier 2005)
  • Didier LONG
    Défense à Dieu d’entrer (Denoël 2004)
  • John IRVING
    L’œuvre de Dieu, la part du Diable (Le  Seuil, collection points poche 1995).
  • André COMTE-SPONVILLE
    L’Esprit de l’athéisme, introduction à une spiritualité sans Dieu (Le livre de poche 2008)
  • TRINH XUAN THUAN
    Le Cosmos et le Lotus (Albin Michel 2011)
  • Christian BOBIN
    le Très-Bas (Folio Gallimard 1992)
  • Jean Claude GUILLEBAUD
    Comment je suis redevenu chrétien (Albin Michel, Points 2009)
  • Bernard SESBOÜE
    Croire, invitation à la foi catholique pour les hommes et les femmes du XXIe siècle (Droguet et Ardant 2001)
  • Frédéric LENOIR
    Socrate, Jésus, Bouddha (Le livre de poche 2011)
  • Henri BOURGEOIS
    Les recommençants prennent la parole (Desclée de Brouwer 1996)
  • Jean d’ORMESSON
    Comme un chant d’espérance (Héloïse d’Ormesson 2014)